Les Agrégats de Chelonn

 

Durant l’Âge des légendes existaient les Chel’Oon, titanesques léviathans évoluant au sein d’un Phlogiston alors bien plus fluide, où les forces primordiales s’exerçaient de manière plus diffuse. Trois grands orbes cristallins se regroupèrent pour former une région particulière, où passèrent tous les peuples anciens. Ce furent les Reigar qui nommèrent les Sphères et firent la plus longue halte, afin d’étudier les puissants nexus élémentaires existant alors au sein de ces systèmes sans mondes, et pourtant gorgés de vie. Etrangement, les Mages ne laissèrent aucune de leurs habituelles structures ou sanctuaires, et disparurent en un seul saut stellaire, abandonnant ces espaces à des formes de vie fortement imprégnées par les énergies primordiales.

L’Âge sombre fut marqué par l’apparition des Nabukii, fondant une civilisation cruelle, basée sur l’asservissement de nombreuses entités cristallines devenant des matrices de pouvoir, permettant une expansion rapide vers le Phlogiston et sa promesse de peuples à conquérir. Malheureusement pour eux, les Nabukii se heurtèrent aux Chel’Oon, gigantesques créatures évoluant le long des courants irisés, vivant paisiblement en bans de milliers des leurs, donnant l’impression aux nouveaux arrivants de voir approcher une muraille vivante de chairs gorgée d’énergies élémentaires. Les premières rencontres entre Nabukii et Chel’Oon ne sont pas véritablement explicitées, mais marquèrent profondément les premiers, dont la civilisation se replia à l’abri des Sphères de cristal, une nouvelle terreur collective envers les gigantesques entités bien ancrée dans les générations suivantes.

Finalement, les Nabukii disparurent, laissant la place à une descendance bien plus cruelle encore, les Clydön. Ces derniers se désintéressèrent totalement de leurs espaces originels, forgèrent les premiers anneaux de translation et partirent conquérir des dizaines de Sphères, façonnant les âges suivants en laissant leur empreinte sur toutes les civilisations qui vinrent ensuite.

Le terme d’Agrégats de Chelonn n’apparut qu’au tout début de l’Âge des Prétendants, époque durant laquelle des explorateurs retrouvèrent les courants irisés menant à cette région, le berceau de la civilisation Clydön, où bien des pilleurs de tombes rêvèrent de trouver fantastiques artefacts et sombres connaissances mystiques. Mais en ce temps, plus de dix millénaires après l’exode conquérant des Sorciers, rien ne subsistait de leur culture. Quelques vestiges nabukii perduraient dans des ceintures d’astéroïdes, des traces diffuses du passage reigar, mais guère plus.

Au-delà de cette déception, ce furent les nuées éthériques alentour qui marquèrent les esprits. Elles étaient toujours occupées par les descendantes des Chel’Oon, mais ne se regroupant plus en ces lieux qu’au sein d’épouvantables charniers de centaines de milliers d’entités. Des oracles, dont les consciences furent broyées par la violence du génocide, parvinrent à bredouiller quelques explications avant de mourir ; Dans un désir de surmonter leur peur collective, les derniers Nabukii façonnèrent de gigantesques prédateurs qu’ils lâchèrent dans le Phlogiston, provoquant le terrible carnage d’une espèce sans défense. Il semblerait que leurs descendants n’eurent jamais connaissance de cette vengeance et continuèrent à redouter un ennemi alors disparu. Les vastes amas de carcasses géantes, toujours imprégnées d’énergies primordiales, devinrent les Agrégats de Chelonn.

Bien plus tard, au sein de systèmes sans planètes n’intéressant guère les peuples d’outresphère, vinrent les N’uru’N. Conquérants planaires venant de perdre une grande guerre face à une coalition d’élémentaires, leur cheminement à travers les réalités primordiales fut si long et périlleux, qu’ils décidèrent de s’établir au sein du Vide. Leur formidable capacité d’adaptation permit une difficile survie dans un environnement leur étant hostile, mais qu’ils apprirent à maîtriser. Forgeurs d’éthers, manipulateurs de nexus, ils engendrèrent le Nexus des éléments infinis, au sein duquel ils purent créer de nouvelles combinaisons primordiales, de nouvelles réalités, qu’ils partirent conquérir.

Et tandis que les Agrégats de Chelonn voyaient se développer des cultures nées d’échanges avec d’autres régions des Sphères Connues, nul ne soupçonna que les redoutables conquérants planaires se développaient à partir des espaces voisins, jugés sans intérêt par les grandes civilisations du Vide. A tel point que de véritables croisades furent lancées à travers les réalités nexiales des N’uru’N, afin d’endiguer leur progression, sans que jamais quiconque ne se doute de la localisation réelle du berceau de cette culture agressive. Au final, quelques intrépides aventuriers découvrirent la vérité et parvinrent à unifier une multitude de forces dans les Agrégats, frappant les N’uru’N au cœur, mettant un terme à l’ambition de leurs plus puissants seigneurs. La puissance de ce peuple est désormais brisée, mais loin d’avoir disparue, se concentrant désormais au sein même des réalités du Dédale.

Deux environnements radicalement différents coexistent au sein des Agrégats de Chelonn, en réalité, un troisième domaine existe, mais reste au mieux un mythe planaire.

Les Sphères de cristal au sein de la région des Agrégats, siègent de l’ancien empire N’uru’N sont au nombre de trois et se caractérisent par une absence de planètes, telluriques ou gazeuses. De nombreuses ceintures d’astéroïdes semblent indiquer qu’il existait jadis plusieurs mondes, depuis longtemps réduit à l’état de planétoïdes aux atmosphères saturées de gaz toxiques. La Sphère de Nutaraï renferme de grands amas rocheux supportant quelques ruines Reigar, mais surtout plusieurs planétoïdes proches d’un soleil couleur lavande, sur lesquelles subsistent les vestiges du grand empire Nabukii. Les N’uru’N sont moins présents qu’ailleurs, au sein de ce système dominé par les forces de l’Air, un élément que peu de seigneurs de ce peuple parviennent à maîtriser. La Sphère de Pionaï renferme plusieurs essaims de comètes traversant un système dominé par le rayonnement d’un soleil rouge gigantesque. Depuis la dernière Grande conjonction des Plans, les N’uru’N affrontent plusieurs Pachas des Salamandres du Plan élémentaire du Feu, en une guerre locale ne semblant jamais devoir s’achever. La Sphère de Chenaï, sous l’influence d’un triple soleil bleuté, renferme plusieurs planétoïdes de bonne taille, mais surtout, un nombre important de lunes-océans, renfermant une grande profusion de formes de vie endémiques. Le Nexus des Eléments infinis fut engendré en ces lieux, en sacrifiant un quatrième soleil bleu dont le cœur alimente la puissante conjonction élémentaire.

Au sein du Phlogiston se trouvent les véritables Agrégats Chel'Oon, ceux formés par des amoncellements de colossaux cadavres de Chel’Oon, au milieu desquels subsistent des sources d’énergies élémentaires particulièrement prisées par de nombreux peuples du Vide, attirés par cette fantastique ressource, résultant d’un processus métabolique toujours actif, bien qu’excessivement ralenti. Ces sources permettent de nombreux prodiges magiques, et des conflits entre les guildes les exploitant éclatent régulièrement. Toute une culture s’est ainsi développée, s’adaptant aux terribles contraintes en conservant des traditions des autres régions des Sphères Connues, mais en assimilant également des éléments de la culture N’uru’N, et d’autres encore, liées à des échanges avec des peuples planaires ayant transité via le Nexus. Au-delà de valeurs associées au commerce, la société des Agrégats évolue en étant traversée par de complexes courants politiques, l’amenant à hésiter entre un soutien aux proches N’uru’N, et des alliances plus conventionnelles avec les grandes puissances des Sphères Connues.

Le troisième environnement, souvent considéré comme mythique, est un ensemble de régions planaires associées aux plans élémentaires nommé les Réalités cheloniennes. Comment furent-elles- formées ? Nul ne le sait, mais ces domaines primordiaux furent liés dans la souffrance, durant les grands massacres des Chel’Oon par les monstres relâchés au sein du Phlogiston. Le génocide engendra de telles ondes de douleurs que les essences vitales de milliers de victimes furent liées aux éthers environnants, formant une nouvelle substance, devenant un pont entre les réalités planaires, se développant en leur sein pour les lier, formant une nouvelle dimension aux particularités pour le moins exotiques.

La Mélasse est ainsi un élément fait de sang et d’énergies élémentaires fusionnées par la souffrance liée au génocide Chel’Oon. Il permet d’accéder aux réalités cheloniennes, mais apparaît être également un environnement propice à la Vie, au sein duquel naissent parfois d’étranges entités, semblables aux anciennes Chel’Oon, mais pouvant devenir encore plus massives, et se voyant imprégnées par les énergies planaires environnantes. Les nouvelles réalités sont ainsi nées sur les carapaces massives de ces nouvelles créatures, saturées par les forces primordiales auxquelles elles sont désormais liées.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire